La Banque Oustric

Albert Oustric a fondé un empire mais en faisant de la spéculation bancaire sa spécialité, il a entraîné dans sa chute plusieurs hommes politiques de l'époque éclaboussés par le scandale.

Albert Oustric, né en 1887, est tour à tour garçon de course, représentant en vins, chanteur amateur dans quelques brasseries, avant de s'intituler en 1919 banquier. Il monte avec deux associés la société Force et Lumière des Pyrénées.

Il ouvre un bureau rue Auber à Paris, où il officie en tant que gérant d'une banque, la Banque Oustric, en commandite au capital d'un million de francs, dont seul un quart est versé. Oustric est un homme intelligent. Il aide fortement aux belles carrières de l'Union-Vie, des Blanchisseries de Thaon, et même de Peugeot.

Jusqu'à 1925, sous couvert de sa banque, Oustric noue de nombreuses relations avec des hommes politiques. Ses relations lui permettent d'obtenir l'accord du Ministère des Finances et du Ministère des Affaires Etrangères pour faire coter à la Bourse de Paris les titres d'une société italienne de soie artificielle: La Snia Viscosa.

Ce succès personnel lui vaut une confortable récompense du banquier italien intéressé, mais surtout une réputation flatteuse dans les milieux d'affaires. Dès lors, très sollicité, il accepte de s'intéresser aux sociétés en difficulté leur avançant des sommes importantes moyennant en caution des actions des dites sociétés, actions à vote plural de préférence. Ceci lui permet de prendre le contrôle de ces sociétés et de placer aux conseils d'administration des hommes à sa dévotion. Puis il dépose les titres en garantie à la Banque de France qui lui consent des avances à titre d'escompte.

Avec ces liquidités, il prend le contrôle de nouvelles affaires : ainsi de la Banque Adam, les chaussures Erlich, Dressoir, Binet, Fayard, Incroyable, Ciments Portland Artificiels de Couzon...

Il procède par ailleurs à des augmentations de capital par émission d'actions placées avec facilité. Il crée par ce biais des sociétés plus ou moins fantômatiques, se finançant les unes les autres, et destinées à se soutenir en cas de difficultés : la Holding française Holfra, l'Extension de l'Industrie Française, etc.

En octobre 1917, la Bourse provoque une première alerte sur les titres des sociétés patronnées par la Banque Oustric, puis le 30 du même mois on suspend la cotation. Quelques jours plus tard, la Banque Oustric dépose son bilan et en cascade, la Banque Adam et toutes les sociétés satellites.

Une plainte est déposée et Oustric emprisonné. Oustric n'était en réalité ni plus ni moins coupable que tant d'autres spéculateurs qui avaient agi comme lui, avec les mêmes procédés pendant la période d'euphorie financière de l'après-guerre. Mais Oustric a pu faire de nombreux dupes et compromettre beaucoup de gens, réussissant même à corrompre le garde des Sceaux du cabinet Tardieu, Raoul Péret qui entrava l'action de la justice.

La révélation des relations entre Oustric et Raoul Péret entraîna même la chute du gouvernement Tardieu le 4 décembre 1930. Oustric sera lui condamné le 5 janvier 1932 à 18 mois de prison et 3000F d'amende pour irrégularités des opérations effectuées sur les titres des maisons de chaussures, alors que ce dernier laisse un ''trou'' d'1,5 milliard de francs.